Le 18 août dernier, j’ai prêté serment au Grand Conseil vaudois. Pas au lendemain d’une élection ni après une campagne d’affiches, mais en cours de législature, comme « premier vient-ensuite ». Le terme intrigue. Depuis, on me demande souvent ce qu’il veut dire, et surtout pourquoi c’est moi qui ai pris ce siège.

Commençons par le départ. Guy Gaudard, élu en 2017 puis réélu en 2022 sur la liste PLR de Lausanne-Ville, a démissionné au 30 juin 2026 pour se consacrer pleinement au Conseil communal de Lausanne. Je le remercie pour près de dix ans d’engagement au service du canton. Son siège, lui, ne pouvait pas rester vide.

Et en français, ça donne quoi ? Le Grand Conseil est élu à la proportionnelle. Les électrices et électeurs choisissent une liste et, à l’intérieur de celle-ci, les personnes qu’ils préfèrent. Une fois les sièges répartis entre les listes, les candidats et candidates qui ont obtenu le plus de suffrages sont élus et élues. Les suivants ne disparaissent pas pour autant : ils deviennent les « viennent-ensuite », dans l’ordre exact du nombre de voix obtenues. Quand un siège se libère, la loi sur l’exercice des droits politiques prévoit que la première personne suppléante de la même liste est proclamée élue. J’étais le premier vient-ensuite de la liste PLR lausannoise. Pas de passe-droit, pas de choix en coulisses : c’est le scrutin qui a tranché.

C’est un peu comme à la Poste. Quand un guichet se libère, la personne suivante dans la file s’avance. Personne n’aurait l’idée de redistribuer tous les tickets.

D’aucuns trouvent le système peu démocratique, puisque le remplaçant n’aurait pas été « élu ». L’objection se comprend, mais elle ne tient pas. Le vient-ensuite a bel et bien reçu des voix, sur la liste choisie par la population, lors du même scrutin. Il est simplement le suivant dans l’ordre fixé par les urnes. Or, l’alternative serait une élection complémentaire à chaque départ. Rien qu’en juin dernier, six députés ont démissionné ! On convoquerait le corps électoral à répétition, avec la facture et la lassitude qui vont avec. Pire, une élection complémentaire pour un seul siège se ferait à la majorité relative, c’est-à-dire selon un tout autre système que la proportionnelle. Le siège pourrait alors changer de camp, alors que l’équilibre voulu par les électeurs n’a pas bougé. Respecter la volonté populaire, c’est justement la préserver jusqu’au bout de la législature.

La loi a d’ailleurs prévu la suite. S’il n’y a plus de vient-ensuite, le parti ou les signataires de la liste peuvent proposer une candidature, et ce n’est qu’à défaut qu’on retourne aux urnes. Simple, pragmatique et économe. Bref, très vaudois.

Pour ma part, je ne vois pas ce siège comme un cadeau, mais comme une responsabilité. Les voix obtenues en 2022 ne se sont pas évaporées : elles m’engagent aujourd’hui. Je compte bien les honorer, notamment au sein de la Commission de l’environnement et de l’énergie, avec les convictions que j’ai défendues pendant la campagne.

Vient-ensuite, peut-être. Mais certainement pas par hasard !

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